La candidature de Manuel Valls a révélé toute la noirceur de son discours. Quiconque lit le programme ou le fil Twitter de celui qui se présente comme un candidat indépendant découvre qu’il n’est soutenu que par la frange la plus unioniste et anticatalaniste composée de Ciudadanos, Societat Civil Catalana et quelques admirateurs inconditionnels d’un Royaume d’Espagne « un et indivisible ».

Il rêvait d’une candidature transversale, hors parti, à l’image de celle d’Emmanuel Macron en 2017. Il en a d’ailleurs copié quelques idées, sans toutefois convaincre.

Ce pari en faveur de la transversalité est aussi ubuesque que risqué lorsqu’il n’est mû que par une volonté de rebondir et de recouvrer un semblant de virginité.

Dans le documentaire « Les coulisses d’une victoire », Emmanuel Macron lui témoigne toute sa sympathie quand il affirme : « S’il y a un traître, s’il y a quelqu’un qui a flingué Hollande, c’est Valls ».

Quiconque pense que sa réputation d’homme clivant ne le poursuivra pas en dehors des frontières est soit ingénu, soit mal intentionné. J’ajouterais que sa réputation a précédé l’annonce de sa candidature. À peine l’homme avait-il foulé le sol de la capitale catalane, en s’appropriant le « panot », que les voix s’élevaient pour dénoncer l’opportunisme de celui qui a échoué en France.

Qui dit candidature transversale, dit rassemblement, en dehors des clivages politiques. Les faits sont toutefois têtus et la réalité est plus cruelle que les promesses de renouveau. En 2018, en France, selon un sondage Elabe, Manuel Valls était l’homme politique le plus détesté, derrière Marine Le Pen. L’idée de troquer le costume sombre pour un blouson en cuir ne suffit toutefois pas à redorer son blason. Qu’il s’agisse de ruse, de masque ou de mensonge, personne n’est dupe. Jean de La Fontaine ne s’y trompait pas.

La transversalité qu’aimerait afficher celui qui s’est illustré par des positions radicales ne tient pas deux secondes. En effet, l’homme qui a expulsé les Roms, citoyens d’Europe, en affirmant que les « modes de vie [des Roms sont] extrêmement différents des nôtres », avant de se faire sévèrement recadrer par Viviane Reding, commissaire européenne à la justice, échouera toujours à se départir de son discours pourfendeur de libertés.

Celui qui voulait rassembler, à gauche et à droite, en stigmatisant les indépendantistes témoigne pourtant d’une grande mansuétude à l’égard du parti qui le soutient. Ses quelques balbutiements pour faire barrage à l’extrême droite ont été balayés d’un revers de main par les chefs de file de Ciudadanos qui ont allègrement franchi la ligne rouge en s’alliant avec l’extrême droite pour remporter la vice-présidence du gouvernement d’Andalousie.

Son double discours est criant, il dénonce maladroitement, botte en touche, refuse de condamner et pointe de manière inaudible la soi-disant responsabilité du PP dans ce pacte de l’ignominie. Les trois acteurs de ce pacte sont : Partido Popular, Ciudadanos et Vox. Toute tentative, même grossière, qui consisterait à blanchir Ciudadanos est irresponsable. En continuant de s’afficher impunément avec les faiseurs de haine et les briseurs de lignes, Manuel Valls participe à la banalisation de l’extrême droite et ignore sans vergogne les sages démocrates qui appellent sans relâche à combattre les extrêmes.

Lorsqu’il a prétendu endosser le costume de sauveur, Manuel Valls a choisi celui du farceur. Il a privilégié la posture sécuritaire, clivante et démagogue et a relégué aux oubliettes tout discours en faveur du dialogue, de l’apaisement et du rassemblement. Cette erreur dans le choix de son costume lui vaudra une veste mémorable.

Christelle Dauvergne

[30 janvier 2019]